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Les dramaturges anglais de la Renaissance étaient-ils francophiles ?
Premiers résultats et précautions d'usage
Ces premiers résultats ont été obtenus grâce à un certain nombre de requêtes formulées au moyen de la base de données du projet en décembre 2004. Cependant, la version 2025 de la base de données contient un peu plus de pièces et d'allusions. Les chiffres présentés ici ne sont donc pas tout à fait exacts, et ne donnent que des tendances. De nouveaux tests devront être effectués ultérieurement pour voir comment les chiffres ont évolué. Notre travail est toujours en cours et des mises à jour seront nécessaires chaque fois que de nouvelles pièces seront ajoutées.
Ces précautions étant prises, une première constatation s'impose en ce qui concerne les pièces étudiées à ce jour par l'équipe: les pièces se déroulant en France entièrement ou partiellement constituent une minorité, ce qui n'est guère surprenant. Cependant, c'est bien sûr très souvent cette minorité de pièces qui produit le plus d'allusions.
Le classement des allusions
En ce qui concerne les allusions à la France en elles-mêmes, on remarque que, pour l'instant, plus de 90% des allusions se font par le biais de paroles émises par les personnages. 11% concernent les mouvements scéniques, entrées-sorties de personnages notamment, le restant (accessoire, musique, costume demeurant très minoritaire). Rien de vraiment surprenant jusque là quand on sait l'importance accordée au langage et à la rhétorique sur les scènes de la Renaissance anglaise (les éléments de décor étant assez limités).
Plus intéressantes sont les statistiques qui concernent l'objet des allusions. C'est d'abord, très largement (à 49,5%), les personnages français (présents sur scène ou non) qui font l'objet des allusions les plus fréquentes. Viennent ensuite les mots français (30,5%), indices de la pénétration de la langue française dans des pièces de langue anglaise. Puis, avec des pourcentages quasiment équivalents, nous trouvons les références à l'histoire de France (23,5%), à la nation (19,9%), ainsi qu'à des lieux français (18,1%). A noter - ce qui est une surprise - que la sexualité ne concerne que 3,6% des allusions. Idées et croyances françaises réalisent un score encore plus bas (2,8%). Il faudra voir comment ces chiffres évoluent ultérieurement, et si ces tendances se confirment, mais on peut déjà dire que la France est représentée prioritairement par le biais de personnages, ou par des allusions à des personnages français, et que la langue française possède un indice de présence assez fort également.
Pour les représentations verbales de la France, l' analyse de la tonalité de ces représentations est étonnante. Ce qui est frappant en effet de prime abord c'est la neutralité des locuteurs dans leurs allusions à la France pour 25% des allusions. On remarque aussi les 20% d'allusions de nature épique, sans doute due à la forte proportion de pièces historiques où la France est représentée comme une nation combattante et acquiert une dimension qui est tout le contraire de celle de l'intime (aspect officiel, qui dépasse le monde ordinaire).
Quelques surprises...
La surprise véritable concerne les allusions amicales à la France qui atteignent 20%. Il faut cependant essayer d'avoir une vue générale. C'est ce que nous avons tenté de faire en classant du négatif au positif (de gauche à droite) les tonalités que nous avions retenues. Ces résultats peuvent être aisément visualisés sous forme de graphique, avec à gauche le négatif et à droite le positif, et une courbe indiquant les niveaux. Regardons cette courbe:
Tonalités générales des allusions à la France (en %)
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A l'examen de ce tableau, on remarque l'énorme pic d'allusions neutres au milieu, des remontées aux extrêmes (négatifs-positifs), avec une remontée légèrement plus importante du côté de l'amical. Cela n'empêche que le spectre du négatif se maintient assez bien notamment sur la moquerie (cf. le pic à environ 15%) et l'ironie, mais moins bien sur le sarcasme. On s'apitoie peu sur la France par ailleurs, le pathétique est assez bas, et l'on note une légère remontée vers la flatterie, et une très franche remontée sur les allusions amicales.
Que peut-on en conclure? Pour l'instant, que la France affirme sa présence souvent de façon neutre, que les extrêmes sont bien représentés, que la gamme du négatif se décline bien, mais que les allusions amicales sortent du lot tout de même. Un bilan donc tout en nuances: on est bien loin des clichés.
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